Eh oui les amis : votre sympathique correspondant au proche-Orient s’est rendu pour vous (et pour lui aussi) dans un pays à la réputation sulfureuse. Mais d’où lui vient celle-ci ?
L’homme à gauche est le président de la République Arabe de Syrie, Bachar el-Assad. Par contre, je ne sais pas qui est l’homme à droite. Si quelqu’un peut me renseigner, je le tagerai sur facebook.
Autant vous dire que ce n'est pas forcément de gaieté de coeur touristique que je me suis rendu en Syrie, pour diverses raisons. Il y a en premier lieu le caractère autoritaire du régime, et il y a en second lieu la relation "particulière" entre le régime et mon pays d'accueil, avec un passif très, très lourd. Alors bon. Je regrette presque d'écrire là-dessus. Mais mes scrupules,... Au passage, il manque une ou deux photos à l'article, je le complèterai peut-être un jour.
L’homme à gauche se retrouve sur des photos, des posters géants, des pare-brise de voitures. Le régime ne verse cependant pas dans le culte de la personnalité. Comprenez : on ne voit pas le président aux champs, avec sa famille, tenant les armes, dans une usine, avec un livre...même si son père est un peu présenté comme le père de la Syrie moderne.
Le général Assad, c’est Hafez el-Assad, le père de Bachar. Hafez a pris le pouvoir en 1970 suite à un coup d’Etat, et l’a gardé jusqu’à sa mort en 2000. Pour plus de renseignements sur les 20 premières années du régime baathiste, je vous engage à lire cet ouvrage, au demeurant éclairant sur les relations régionales. Ophtalmologue, Bachar faisait tranquillement ses études à Londres et semblait n’en avoir cure quand il a fallut prendre le relai. Finalement, plus de 9 ans plus tard, il est toujours à la tête du pays.
Ceci dit, vous êtes sur ce blog pour que je vous fasse rêver.
Commençons donc par Damas. Non sans vous être fait gruger par le taxi, vous vous faites déposer à l’entrée de la vieille ville et commencer à flâner. Surprise : l’Alsace a emprunté certains traits à l’architecture damascène ; d’emblée, le chauvin n'aura pas fait le voyage pour rien.
Blague à part. Le monument le plus célèbre de Damas est sans nul doute sa grande mosquée, la mosquée des Omeyades. Qui sont les Omeyades ? Encore une fois, je m’abstiendrai d’explications historiques par trop longues, mais sachez que cette mosquée est un important lieu de pélerinage, notamment pour la communauté chiite. Il n’est donc pas rare de croiser dans la mosquée des gens venant du Golfe avec des petites pancartes (ceux-là sont généralement sunnites) ou des groupes d’Iraniens (ceux-ci étant chiites).
A ce moment, je réalise que mon récit sera infini si je vous décris par le menu tout ce que nous avons vu et pris en photo. Sachez seulement que la vieille ville de Damas respire le calme et l’exotisme que tout touriste de base vient chercher à l’aide de son guide du routard. Plus succintement, c’est vraiment joli. Quelques clichés :
1/ Les souks couverts
2/ La cour du palais Azem, ma résidence secondaire pour le printemps
3/ Le hammam que j’ai fréquenté (gant de crin obligatoire)
Mais trève de plaisanteries : à peine avons-nous eu le temps de manger dans quelque restaurant classieux que nous voici partis sur les routes du désert syrien. Direction Palmyre, au nord-est de Damas. 2H de route mais surtout une heure à attendre car le bus est en panne. Au milieu du désert.
A Palmyre, point de dunes de sable fin, mais un sol rocailleux, du vent, des bédouins qui vendent de faux bijoux en vous parlant anglais. Palmyre, c’est une ville toute en béton, à l’organisation géométrique et construite après la Seconde Guerre mondiale.
Palmyre
Mais Palmyre, c’est surtout un site archéologique exceptionnel, classé à l’Unesco etc. C’est immense. Vous vous y promenez dans une atmosphère de désolation causée par le froid, le vent et le caractère sacré du lieu.
Tombeaux
Depuis l'intérieur du Temple de Baal
Je me répète, le site est gigantesque et je ne mets que quelques photos, mais ca laisse songeur. Il paraît que. Il paraît que, dans le temps (au temps de nos ancêtres les gaulois, jusqu’à 2/3 siècles après J.C.), Palmyre était une énorme cité de 200 000 habitants (sachant que Rome à son maximum, c’était 1 million de personnes). Le climat était plus doux. L’oasis qui jouxte le site était bien plus grande, et tempérait davantage la rigueur du climat et de la géologie désertiques. Aujourd’hui, la sensation est un peu étrange : on se balade au milieu des ruines et on essaye d’imaginer les lieux il y a deux millénaires ; forcément, on y parvient pas et on se dit « flûte de zut, c’était grouillant de vie ici il y a quelques siècles, que ne suis-je moi aussi aspiré dans l’éternel flot de l’histoire, c’est un sacré foutoir ».
Mais trève de plaisanteries, un voyage hardi nous attend : en une journée, il s’agit de visiter le musée de Palmyre, retraverser le désert syrien en direction de Homs, du Krak des chevaliers, et de Hama.
Dans le froid matinal, vous vous réfugiez au musée archéologique qui est à peine plus chaud que l’extérieur et là, c’est à nouveau malaise dans la civilisation. Le musée, vraisemblablement construit dans les années 1960, sonne creux. Et pourtant il y a plein de choses. Les salles sont immenses, les objets tout petit, certaines vitrines sont vides. C’est embêtant car encore une fois, vous pressentez qu’il y a anguille sous roche : il y a des monuments funéraires, des bijoux, des pièces de monnaie, des statuts etc etc... Vous en appelez à votre habitus bourdieusien mais rien n’y fait : il ne s’agit pas d’amour de l’art. Encore une fois, vous partez dans des rêveries infinies sur la vie à cette époque (est-ce que moi aussi j’aurais été représenté avec un rameau d’olivier parce que j’étais un riche marchand qui exploitait les travailleurs ?).
Mais il n’y a pas le temps de flâner, rendez-vous à la gare des minibus pour Homs, cité industrielle du centre du pays. Les minibus en Syrie et au Liban, c’est toute une histoire. Quel est l’horaire ? On attend que le minibus soit plein (13 personnes en l’occurence) et on part. Tant pis pour vous si vous êtes collé à la fenêtre dans laquelle le vent s’engouffre, ou si votre voisin est un imposant militaire qui prend la moitié de la place du voisin par la force des choses, il faudra tenir 2 ou 3h comme çà, à voir défiler les cailloux et de temps en temps, un berger avec ses moutons qui paissent paisiblement au bord de l’autoroute surfréquentée (3 véhicules par heure). La Syrie est un pays à la géographie riche. Il faut traverser la montagne et la neige pour arriver à la première destination.
De là, seconde difficulté : comment aller au château (Qalat el-Hosn en arabe pour ceux que çà intéresse) ? Gardez-vous de demander le chemin à ces deux individus en blouson noir qui vous demandent vos passeports (« ana bolice » : en gros fais ce que je dis). Après un chawarma huileux (je préfère de loin les sandwichs libanais, mais c’est un autre débat) et un thé bien chaud, il faut prendre un bus de ville pour se rendre à l’autre gare routière. Puis nous reprenons un minibus avec qui nous négocions le voyage jusqu’au château. Tout va bien. Au terme de cette moitié de périple, nous sommes enfin arrivés à un des châteaux croisés les plus célèbres, et je ne vous écrirai pas ce que Lawrence d’Arabie ou d’autres personnages historiques plus ou moins grand-guignolesques ont pu dire de ce château : vous ouvrirez le guide du Routard de la Syrie bien assez tôt pour le savoir, et au mieux, vous ne le saurez pas. Na.
Et de là, ca en jette.
Bon, ce qui est moins drôle, c’est qu’il est déjà 15h25, et que le château ferme à 16h, donc il va falloir visiter au pas de charge. Au passage, être étudiant c’est vraiment bien puisqu’en Syrie, au lieu de payer 3€ l’entrée dans un site, tu ne payes que 0,2€, la gratuité étant assurée aux citoyens syriens et aux ressortissants de nombreux pays arabes.
Bref, encore une fois, c’est magnifique.
Le château est très bien conservé, et la vue est ébouriffante. Un exemple « au hasard ».
Seulement, il y a une question que je vais laisser en suspens : il est 16h, comment allons-nous finir notre journée ? Réussirons-nous à parvenir à Hama ce soir ? Le plus dur, pour commencer, est encore de rentrer à Homs...
L'article suivant expliquera aussi la référence du titre. Je vous laisse faire des hypothèses.