Blog qu'il a été fait pas si moche exprès pour les copains qui partent à l'étranger. Si t'es pas un copain, ben ce blog tu t'en fous.
Beyrouth bout.
Beyrouth déborde.
L’aéroport de Beyrouth est flambant neuf et le marbre vous y éblouit. Vous foncez vers le centre. Quelques minutes plus tard, un vaste terrain vague illuminé servant de parking vous accueille. Tout autour, des centaines de voitures tournent en vrombissant sous les étoiles. Une mosquée majestueuse fait le coin, presque incongrue. Soyez les bienvenus, en dépit de ce décor, vous êtes au plein de coeur de Beyrouth.
Sachez au passage que cette mosquée, financée par Rafik Hariri, a fait couler beaucoup d'encre notamment en raison de son caractère monumental : la cathédrale maronite voisine en est quelque peu éclipsée...
Beyrouth bout. Ne traînez pas pour traverser la route : au pays du cèdre, personne ne vous cédera le passage (j’ai honte mais j’avais terriblement envie), il faut s’imposer. La voiture est partout. Les transports en commun se résument à quelques lignes de bus. Pour le reste, longue vie à l’initiative privée : des centaines de taxis et de taxis-service (collectifs, souvent des merco cabossées) parcourent la ville en permanence et vous garantissent de trouver un moyen de transport en à peine cinq minutes (en prenant en compte le fait que vous avez éconduit plusieurs chauffeurs aux tarifs jugés trop élevés ou dont ce n’était pas l’itinéraire). Ici, on ne met pas sa ceinture -c’est même mal vu par le conducteur- et on se fraie un chemin sans se laisser surprendre par les scooters et les motos (sans casques) qui roulent à contre-sens. On utilisera le klaxon tous les 50 mètres pour annoncer sa présence à un carrefour, signaler son mécontentement, prévenir un client potentiel que l’on peut l’embarquer si l’on est un taxi, ou tout simplement tuer le temps quand les circonstances sont telles qu’on ne peut avancer. Peu de feux sont respectés et les principaux carrefours sont directement gérés par des agents. A pied, vous vous frayez un chemin au milieu de ce chaos organisé sur des trottoirs assez variés...
En permanence, ces milliers d’autos maintiennent Beyrouth en ébullition : le bruit, l’odeur, le danger. Le tout dans une atmosphère rendue étouffante par la température, supérieure à 30°. Vous suez.
"Coup de chance" : ce bâtiment est désormais caché par des affiches publicitaires en attendant sa restauration.
Beyrouth déborde. Le premier jour, vous hélez un taxi pour vous rendre à ce que vous croyez être l’autre bout de la ville. Mais les repères conventionnels n’ont pas cours ici. Ne connaissant pas le chemin, le taxi vous fera faire un détour par des endroits toujours plus éloignés, ce qui vous permet de constater que la ville ne finit pas. Elle s’étale pour abriter au moins le tiers de la population libanaise (estimée à 4,5 millions de personnes). Finalement, le taxi vous laisse au mauvais endroit en vous soutenant le contraire, non sans vous avoir soutiré quelques dollars. C’est de bonne guerre.
Cette expression, que je m’autorise dans ce contexte, est désormais bannie de mon vocabulaire quotidien.
Ici la guerre est partout. Les militaires sont aux carrefours importants avec armes et véhicules blindés ; ils surveillent certaines rues (comme celle de l’ambassade de France) ; ils vous empêchent de vous approcher du Grand Sérail, siège du Parlement, ou d’en prendre des photos, même de loin. La guerre est dans ces terrains vagues laissés par les destructions, dans ces immeubles vides criblés de balles, dans ces autres immeubles neufs, au luxe insolent mais parfois tout aussi vides que les précédents. Ainsi, toutes les formes urbaines rappellent la guerre. Ne cherchez pas les îlots de verdure qui pourraient adoucir ce paysage tant ils sont peu nombreux. Les photographies ne rendent pas bien compte de cette violence visuelle : on ne photographie pas les militaires, et les immeubles conservent une solennité qui n’a rien de commun avec la force des impacts de balles et de l’abandon qui les caractérisent réellement.
Petit contraste.
Le trop-plein de Beyrouth semble sur le point de déborder et exploser : c’est, paraît-il, son état normal.
Soyez les bienvenus dans un pays hors-normes et à bientôt.