Un deuxième article sera consacré à l’environnement au Liban dans ses aspects plus globaux (industrie, agriculture, pollution maritime...encore faut-il le faire...). Tout d’abord, une petite photo pour introduire mon propos :

Autant vous dire qu’il va y avoir du boulot pour nettoyer tout çà.
J’espère qu’avant toute chose, vous êtes absolument convaincu que le Liban est un pays aux conditions géographiques extraordinaires. Si ce n’était pas le cas, rappelez-vous votre dernière lecture de la Bible, qui date au moins d’hier soir sauf pour Tom-Tom qui l’a toujours à portée de main : nous sommes dans le pays où coule le lait et le miel.
Sans prétention à être exhaustif, je souhaite faire un petit tour d’horizon écologique de mon pays d’accueil.
Le ramassage des ordures est l’aspect le plus visible. Que faire des déchets qui s’accumulent à mesure que j’augmente le PIB grâce à ma consommation (au passage, j’ai déjà commencé à polluer, car énormément de produits sont importés : le Liban est un petit pays...) ? La réponse est simple : mettez-les dans un sac plastique. Cà tombe bien, on vous donne un sac plastique si vous achetez une bouteille d’eau ou une barre chocolatée, donc vous n’êtes jamais en rade. En un mois, avec ma coloc’, nous avons rempli un des placards de la cuisine avec des sacs, que nous ne savons absolument pas comment utiliser. Là encore, nous attendons vos suggestions. Bon, une fois que le sac plastique est plein, amenez-le à une des poubelles vertes dans la rue, comme celles que vous voyez sur la photo. Ces bennes sont inspectées par les nombreux chats du quartiers et les démunis, tout aussi nombreux. Des hommes en vert viennent fréquemment (même si les horaires sont aléatoires) les vider, exemple étonnant que la privatisation d’un « service public » n’est pas nécessairement synonyme de cauchemar.
Ces hommes sont souvent Philippins, Sri-Lankais ou Ethiopiens. Ils s’occupent également de nettoyer les rues.

Sans fausse pudeur, autant dire que je n’aimerais pas être à leur place. De mon côté, il me suffit d’éviter de respirer quand je passe à côté de ces bennes dans la rue.
J’entends une voix de la conscience germanique remarquer avec stupéfaction l’absence de tri. A l’aéroport de Francfort, je me souviens, il y avait cinq poubelles à chaque fois. Qu’en est-il ici ? Il existe bien quelques (il faut les remarquer !) bennes à verre et à papier, en voici la preuve :
Cependant, celles-ci sont rares et, de ce que j’ai pu voir, ne sont guère utilisées. Il paraît que le tri « commence à entrer dans les moeurs », mais cela reste très marginal.
Que faire de ces déchets qui s’accumulent et de ces sacs plastiques innombrables ? Il existe des décharges en plein air. Je n’ai pas pu photographier celle à la sortie de Saïda, mais je peux vous assurer que sur un kilomètre, vous passez à côté d’une colline de déchets qui, vous vous en doutez, dégage une odeur pestilentielle ; par contre vous savez déjà que la décharge de Beyrouth est un terre-plein gagné sur la Méditerranée : cette dernière a surtout été utilisée pendant la guerre, quand la population ne savait tout simplement pas quoi faire de ses déchets. Aujourd’hui, une vaste usine de tri des déchets permet de distinguer le bon grain de l’ivraie. Mais dans cette situation, c’est l’ivraie qui est enfouie. Désormais, on essaye d’éviter d’incinérer et on préfère enfouir, ce qui crée des monticules.
Autre aspect de la vie quotidienne auquel vous ne pouvez échapper : les transports. Je vous rappelle que le taxi (individuel) et le taxi-service (semi-collectif) sont les principaux moyens de transport pour vos déplacements quotidiens quand vous n’avez pas de voiture personnelle (handicap majeur pour votre vie sociale). Il y a aussi des minibus qui passent assez souvent (encore une fois, il n’y a pas vraiment de fréquence : c’est juste qu’il n’y en a pas la nuit) et qui sont plus économiques. Ils se rapprochent des taxi-service dans le sens où ils s’arrêtent pour prendre les gens dont la destination est sur le chemin, tant qu’ils ne sont pas pleins (vous aurez compris qu’il n’y a pas d’arrêts de bus, encore moins de plans des lignes : à vous d’être observateur). Ce sont aussi ces bus qui permettent de rejoindre les autres villes du pays. Bref, les « transports en commun en site propre » ne sont guère développés. Cependant, l’essence reste assez chère (75 centimes d’euros le litre) ; je rappelle au passage que le Liban n’est pas une monarchie pétrolière. Enfin, sachez que, contrairement à ce qui se pratique au pays de Léa Dony, quelqu’un utilisant un vélo est un original (ou un enfant qui s’amuse).
Pour achever ce panorama des transports, je vous rappelle que la marche à pied n’est pas toujours facile en ville, et que marcher sur une longue distance (imaginez par exemple de la Grand’Place à l’IEP) fera également de vous un original. Donc, tout se fait en voiture.
A partir de là, vous pouvez imaginer facilement qu’il y a un halo de pollution qui plane sur la côte, qui conteste à l’air beyrouthin sa limpidité naturelle. Le bourgeois que je suis ne peux que déplorer qu’on lui obscurcit la vue de son balcon.
Troisième et dernier élément urbain sur lequel je m’arrête : l’assainissement. En dépit du manque d’eau à la saison sèche, le réseau d’égouts tient le coup.
Cette photos n'est plus d’actualité : pour mon anniversaire, le bon Dieu a gratifié Beyrouth de pluies d’orages et d’un vent bienfaisants qui nettoient la ville à l’heure où je vous écris. Votre serviteur envisage fortement de s’acheter un parapluie, bien qu’il ait résisté aux averses lilloises sans broncher. Est-ce le Liban ou l’âge ? Pour revenir à notre sujet, à quel prix cette résilience du réseau d’égouts me diriez-vous ? Bonne question. Malheureusement, de nombreuses canalisations vont tout droit (ou presque) en direction de la Méditerranée, ce qui explique la réticence des Libanais les plus aisés à la baignade (je vous rappelle au passage la description peu engageant de la plage de Saïda). Voici une photo récente de la « Beirut River », qui se dirige vers la mer.
Pour ceux qui se poseraient la question, les tas sur les bords du lit (en béton) de la rivière sont des gravats et des déchets. Bref, voilà pour le tableau assez obscur des mille et une pollutions du quotidien. Mais rassurez-vous, il y a au Liban une économie en dehors des banques, donc il y a une industrie et une agriculture qui ont comme partout leurs problèmes environnementaux. Cependant, je dois encore creuser la question pour satisfaire efficacement la curiosité des militants écologistes que vous êtes tous depuis que nous avons regardé ensemble le film de Yann-Arthus Bertrand, confortablement installés dans la riante campagne normande et l’insouciance de notre jeunesse.