Je suis actuellement en train de lire La danse de Gengis Cohn de Romain Gary et je souhaiterais vous lire deux extraits qui m’ont bien fait rire par ces jours de temps gris et pluvieux.
Pour l’histoire, le héros, Gengis Cohn est juif. Il est aussi un dibbouk : dans la mythologie juive et kaballistique de l'Europe de l'Est, un esprit ou un démon qui habite le corps d'un individu auquel il reste attaché. Il s’agit d’une âme d'une personne décédée qui pénètre dans une personne vivante avec qui le mort a eu un différend. Gengis Cohn cohabite dorénavant avec le SS qui l’a exécuté.
« Si j’étais croyant, je dirais que c’est Dieu qui essaie de créer le monde, une idée qui ne lui est encore jamais venue, à moins de considérer ce monde comme une création, une insulte qui ne viendrait même pas à l’esprit d’un athée. »
« Je m’étais tourné vers lui et je lui avais demandé s’il pouvait me donner une bonne définition de la culture, pour que je sois sûr de ne pas mourir pour rien, de laisser peut-être un patrimoine derrière moi. Il m’a répondu, mais tous ces gosses qui braillaient dans les bras de leurs mères – les mères qui tenaient leurs enfants étaient dispensées de creuser leur tombe – ont d’abord couvert sa voix. Alors tout en creusant, il s’est rapproché de moi, il m’a fait un clin d’œil, et puis il a dit : « La culture, c’est lorsque les mères qui tiennent leurs enfants dans leurs bras sont dispensées de creuser leur tombes avant d’être fusillées. » C’était une bonne khokhmé et nous avons bien ri tous les deux. Je vous dis, il n’y a pas de meilleurs comiques que les comiques juifs.
(…)
Depuis, heureusement, j’ai eu le loisir de réfléchir tranquillement sur ce que la culture signifiait exactement et j’ai fini par trouver une assez bonne définition, en lisant les journaux, il y a un an ou deux. A cette époque, la presse allemande était pleine de récits d’atrocités commises par les sauvages Simbas au Congo. Le monde civilisé était indigné. Alors voilà : les Allemands avaient Schiller, Goethe, Hölderlin, les Simbas du Congo ne les avaient pas. La différence entre les Allemands héritiers d’une immense culture et les Simbas incultes, c’est que les Simbas mangeaient leurs victimes, tandis que les Allemands les transformaient en savon.
Ce besoin de propreté, c’est la culture. »
Voilà, c’était pour continuer la série « articles sans intérêt avec notre aventure extra-nationale » entamée par Frau Davidoux avec ses nouvelles chaussures !