Il faut relancer ce blog.
L’idée n’est pas de moi, elle émane de l’intelligence collective : preuve irréfutable que le tout est davantage que la somme des parties (il n’y a qu’à voir ma propre partie, mais je vous laisse chercher d’autres exemples), c’est le collectif qui, j’ai la faiblesse de le croire, appelle de ses vœux la résurrection de ce blog, trop tôt abandonné par nous et qui peut, tel le phénix renaissant de ses cendres, à nouveau égayer nos existences.
A dire vrai, j’ai personnellement failli à l’ambition de poster récemment quelque billet sur ce blog. Lors de mes vacances au Liban, j’ai en vain entrepris une tentative d’introspection sur ma relation à ce pays qui m’avait accueilli un an, mais pour lequel j’avais gardé une pointe d’amertume, un sentiment d’inachevé lié à mon incapacité à me sentir à l’aise là où j’étais, là où j’allais.
Sommes-nous faits pour voyager ou pour habiter ? Le poète répond sans hésiter : « L’homme est fait pour voyager ; la femme attend qu’on lui ponde un œuf ». Cette déclaration lapidaire va peut-être faire sensiblement chuter la côte de popularité de Jacques Brel dans les cœurs de certains et certaines. Elle aura probablement une résonance les prochains mois, lorsque nous battront la campagne présidentielle.
Mais vous n’ignorez pas que nous ne naissons pas tous poètes ; mais parfois paysans, les pieds bien malgré nous fixés à la glaise d’une campagne nourricière, symbole ô combien facile de la mère sur laquelle sont rivés bien des inconscients, qu’il s’agisse de ceux de mes petits camarades masculins et du mien (car vous savez tous désormais ma destination de stage).
Ainsi, à l’époque, le manque d’énergie m’avait empêché de rédiger un article cohérent. Vous pouvez souligner qu’en dépit de l’énergie consacrée, cet article ne sera pas cohérent pour autant.
Ma tentative est resté lettre morte : elle se donnait pour vague projet de tirer quelque bilan de mon année au Liban, et/ou de signaler quelque réfutation dans les faits vacanciers dudit hâtif bilan, et enfin d’expliquer par des arguments spécieux pourquoi je ne souhaitais pas faire l’effort de rechercher un stage au Liban. C’est probablement mieux ainsi que le blog n’ait pas été activé pour des considérations touristiques aussi futiles, lesquelles n’eussent intéressé que fort peu de personnes. Aujourd’hui, à l’heure où nous avons parfois l’impression erronée qu’un univers se contracte rue de Trévise avant de provoquer un nouveau Big Bang à 417,09€ mensuels, je pense qu’il y a un potentiel pour faire vivre ce blog une nouvelle fois.
Peut-être me trompe-je, mais laissez-moi quelques menues minutes supplémentaires pour lire ces quelques lignes qui, je l’espère, vous convaincront plus sûrement que ces premières phrases ampoulées.
Déjà, relancer ce blog, c’est une idée évoquée par Théo lors d’une promenade en forêt normande. Certes, j’en suis le seul témoin, mais suis prêt à répondre sur ma vie que cette proposition a précédé de peu la vision lointaine, au bout du champ que longeait notre chemin, d’un chasseur armé de son inséparable carabine – cette nébuleuse image de la haïssable mort nous a hanté tout le week-end, et l’idée qui jaillit en cours de promenade, en ce moment où nous rions paisiblement des affres de l’existence, ne peut être foncièrement mauvaise. Relisez la description de Rousseau des petits lapins blancs dans les Rêveries, renseignez-vous sur l’emploi du temps rigoureux d’Emmanuel Kant, lequel n’a sacrifié sa promenade quotidienne que précisément pour recevoir un portrait du précité Jean-Jacques, ou remémorez-vous la grande santé de Zarathoustra sur sa montage : constatez à quel point la marche est une activité salutaire et saluée par tous les grands philosophes tout en moquant le caractère étriqué de mes références, qui ne vont même pas jusqu’à Thoreau au-delà de l’Atlantique, et avisez par vous-mêmes ; il faut relancer ce blog.
Imaginez à présent le kebab dans lequel Nico et moi avons mangé ce midi, au retour de Neuilly, avant de prendre nos trains respectifs. C’est un kebab terne, vide, blanc et un peu crasseux, entre la gare du Nord et celle de l’Est, où la télévision crache indifféremment des tubes de Bob Marley ou Rihanna. Je suis certain que nous nous reverrons tous (sauf accident, et là je tiens à remercier le bon Dieu, le Roudoudou suprême, ou qui que ce soit, pour l’issue heureuse de l’accident de la route subi par Antoine et Thomas : à l’annonce de cette nouvelle, le soupir de soulagement consécutif à la consternation subite sur nos visages auparavant enthousiastes, eh bien ce soupir mes amis en dit long, et je suis heureux de pouvoir en parler en ces termes mais choisit délibérément de ne pas en dire plus) : mais nous reverrons-nous ensemble ? Nico et moi ne pouvions garder en mémoire de notre séparation suite au normand Noël le tableau quasiment surréaliste de ce kebab. Alors nous avons parlé du blog. Et là, la nourriture est arrivée (bonne en plus), le gérant est devenu souriant. Nous nous sommes quittés, indescriptiblement amusés par la réalisation du traditionnel check-lorrain dans le kebab plus vide que jamais, le gérant étant parti chercher de la monnaie dans le bistrot voisin. Croyez-moi, rien n’était moins sûr que cette issue heureuse, étant donnée notre viscérale aversion vis-à-vis de l’agitation et de la foule parisiennes, laquelle nous tourmentait énormément depuis la descente du bus 43 devant la gare du Nord ; il faut relancer ce blog.
D’aucuns auront peut-être le sentiment que j’exclus de mon propos les absents en Normandie : loin de moi cette idée chers amis, car je m’adresse à tous, en essayant simplement de susciter quelque réaction liée à un référentiel commun. J’aurais dû emprunter quelques passages au livre d’or de la maison, où chacun présent en 2009 avait laissé un petit mot. J’ai l’assurance que les relances de l’économie française et de ce blog passeront par chacun de nous, sans considérer l’exotisme comme un critère de pertinence de la contribution : nul doute que ceux qui resteront lillois sauront reconnaître leur rôle (et leur chance, parce que d’autres vont avoir encore plus froid et ce sera bien fait pour eux – pour moi). Ceux doutent encore de l’impérieuse nécessité de relancer ce blog sont invités à regarder Un Air de Famille en compagnie de Léa : comment concevoir un plus grand moment de bonheur ?
Amicalement,
Emile













